Dans ces propos, tenus en 1969,Alvar Aalto exprime
son attitude envers une certaine vision du fonctionnalisme, vision dite
"technique", qu'il trouvait juste mais "à condition d'être
étendu au domaine psycho-somatique". Une prise de position qui date
de 1940 déjà, et qu'il poursuivît avec conséquence
dans la tentative de cerner la totalité complexe du "mobil humain"
et ses besoins.
Pourtant il ne s'agit pas d'objectiver les besoins mais
de les exprimer d'une manière la plus globale.Le part rationnel
de ce processus s'associe inévitablement d'une approche intuitive
dans le but de "mettre le monde matériel on harmonie avec la vie
humaine"./1/
Si la forme se conforme à sa destination utilitaire,
ce n'est quà travers l'acte de création architecturale qui
constitue aussi "l'expression d'un spiritualisme humain se basant sur la
matière".
Cependant pour A.Aalto la matière signifie plus
qu'un matériau, car ce mot "transpose l'activité purement
matérielle en un processus spirituel qui lui est lié" Comme
Si la pensée et son objet étaient un tout.
A.Aalto
1
C'est en tout cas une tendance qu'on peut observer
dans l'évolution de son approche méthodique. Le sanatorium
à Paimio, considéré comme un des monuments du fonctionnalisme
moderne, constitue l'exemple d'une réponse très rationnelle
à des besoins divers clairement définis. Pratiquement
chaque forme correspond à une fonction unique, s'articulant sans
ambiguïté dans l'ensemble de la composition spatiale - composition
que l'on peut ramener à un schéma définissable.
L'évolution postérieure de son oeuvre va
conduire à un niveau d'ordre beaucoup moins explicite, où
les relations mutuelles entre les parties évoluent de telle manière
qu'il n'est pas possible d'atteindre la compréhension globale à
travers une perception analytique ou fragmentaire.
En réalité l'objet
constitue un tout, animé par la pensée créatrice,
la lumière constituant la matière unificatrice.
La compréhension de la FORME devient indissociable
de la prise en compte du facteur humain, qui s'exprime en tant que vision
subjective du Moi, portée sur les choix de valeurs,leur hiérarchie
et leur définition spatiale.
Un processus qui éloigne A. Aalto d'une certaine
interprétation du fonctionnalisme qui se voulait "rationnelle",
ce que devait "anoblir" l'ARCHITECTURE en crise et élever la démarche
architecturale au même niveau que les sciences dites "exactes".
A. Aalto : "L'architecture a souvent été
comparée à la science et les efforts ont été
faits pour rendre ses méthodes plus scientifiques" /
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Une constatation, révélatrice d'un état
d'esprit d'une époque, qui témoigne une foi irréfutable
en des méthodes de recherches et une vision du monde fondés
par la pensée cartésienne, confirmés par les découvertes
de Newton (et sa conception mécaniste du réel).
Mais si Aalto affirme que
"Ce n'est pas la rationalisation en soi qui
était fausse dans la première période de l'architecture
moderne. L'erreur fut de n'avoir pas approfondi suffisamment le concept
de la rationalisation."
c'est qu'il préconise effectivement un changement
d'attitude, peut-être la définition d'une nouvelle convention
mentale ? C'est précisément ce qui s'était passé
dans le domaine de la "science des sciences" - la physique et son appareil
mathématique.
Déjà dans les années vingt, elle
commence à subir des profonds bouleversements, tout en offrant encore
au monde une image d'une logique cartésienne mécaniste. Ces
bouleversement vont apporter un nouveau sens à la notion même
du "rationnel" ou "réel".
3
Il y a deux concepts fondamentaux qui se sont imposés
aux savants:
- celle de la non-séparabilité
entre l'OBJET et le SUJET, les deux n'étant qu'une manifestation
de la même totalité, donc la mise en question de la distinction
cartésienne entre "res cogitans" (l'observateur) et "res extensa"
(la chose observée).
- celle qui concerne une relativisation de la notion de
l'objectivité, et qui stipule que la méthode d'examen adopté
implique le résultat (ou bien la perception du réel); une
idée qui n'arrête pas de faire des vaques, si ce n'est qu'en
psychologie, ou une approche "pertinente" est postulée;